Les décisions sur le commerce physique en France, et si on regardait à l'étranger ?

Publié le par Frank Rosenthal

Voici les données de l'un des instituts de référence sur le digital, l'américain eMarketer, sur la montée du e-commerce et sur la baisse du commerce physique en 2020 aux Etats-Unis, 1er pays mondial du commerce.

On voit la rapidité de la transformation, sachant qu'il n y a pas eu de confinement général aux Etats-Unis, mais des confinements partiels (par état) et que finalement peu de magasins ont été obligés de fermer, donc une situation plus favorable pour le commerce Français (non essentiel, terme que j'emploie pour plus de clarté, mais qui ne cesse de semer de la confusion) qui a subi déjà 55 jours de confinement en mars/avril/mai et vient de refermer pour au moins 4 semaines (seuls 12% des Français pensent que le "déconfinement" va s'effectuer au 1er décembre !).

 

Des évolutions assez sensibles du e-commerce et du commerce physique aux Etats-Unis

Des évolutions assez sensibles du e-commerce et du commerce physique aux Etats-Unis

Alors et malheureusement pour la France les courbes risquent d'être encore plus nettes !

Concernant le e-commerce, c'est sans doute un des marchés les plus mondialisés. Une récente étude de Activate Consulting montre que le marché mondial du e-commerce est très concentrée à 60% entre 4 plateformes chinoises (Taobao et TMall d'Alibaba, JD.com et Pinduoduo) pour 42% pour les Chinois et 18% pour les deux plateformes américaines Amazon et eBay. 

Revenons en France qui réalise 33 à 34% du commerce de l'année entière sur les seuls mois de novembre-décembre.

Si le commerce physique (autre que les produits essentiels) ne fonctionne plus, on va aller beaucoup plus loin que les courbes américaines... donc une accélération très rapide des transformations du commerce et là ne nous trompons pas on aura trois grands camps perdants en France  :

1/ Le commerce indépendant qui ne pourra pas recevoir chaque mois des subventions de 20 milliards d'euros comme celle promise ce soir par le Premier Ministre et on a besoin d'eux tant pour l'économie que pour le tissu social indispensable au fonctionnement sain, apaisé et heureux de nos territoires.

2/ Nos grandes enseignes alimentaires (qui doivent se concentrer seulement sur les produits essentiels au moment où elles ont stocké comme les petits commerçants jouets et cadeaux de fin d'année) et enseignes spécialisées qui sont très souvent des fleurons de l'économie Française.
On doit être fiers de ces enseignes qui sont d'ailleurs régulièrement classées parmi les entreprises préférées des Français et on se doit de tous les défendre.

3/ La société française dans son ensemble car le commerce est le premier secteur d'emplois privés en France !

Donc oui, tout le monde perd sauf des grandes plateformes comme Amazon (et n'oublions pas Alibaba dont on ne cesse de sous-estimer l'audience et les ambitions internationales) qui seront probablement les grands gagnants de cette année 2020 !

Et encore pour Amazon les décisions françaises ne changeront pas grand chose ! Ca va surprendre beaucoup de ceux qui me lisent, mais je m'explique.

Amazon et ses actionnaires ont vu le cours de l'action en 2020 progresser sur le Nasdaq à vendredi dernier depuis le 1er janvier de plus de 64% et dans le même temps leurs résultats ont flambé.

N'oublions jamais que la France est un petit pays pour eux (38% de parts de marché sur le e-commerce aux Etats-Unis !) et un des pays qui a le moins progressé parmi tous leurs pays pendant le 1er confinement, ce sont les analystes américains qui le disent !

Par contre, ce qui est significatif avec Amazon c'est sa capacité d'investissement. Amazon a investi sur le premier semestre 2020 autant qu'en 2018 et 2019 pour l'extension de ses entrepôts américains selon Amazon Edge et en cette année 2020 a multiplié ses lockers par 3 aux Etats-Unis et vient d'investir dans un parc de 100 000 véhicules électriques. Et ce n'est qu'un (tout) petit résumé. 

Pour la France, s'il y a une baisse de consommation dans la période la plus cruciale de l'année, c'est catastrophique pour l'ensemble du commerce et de l'économie française.
Quand ça repartira, car oui ça repartira c'est l'histoire des pandémies que de disparaître et ça on ne le dit pas assez, la capacité d'investissement des commerçants Français ne sera plus la même et on est en train d'assombrir l'avenir.

Donc comme pour les sports professionnels en France actuellement, il faut que le commerce Français puisse continuer à jouer ! (En s'adaptant avec des normes sanitaires sur lesquelles le commerce a été exemplaire tout au long de l'année !)

Oui le problème sanitaire est urgent, mais le problème économique l'est aussi et le seul côté positif des décisions est d'attendre leur efficacité sanitaire que nous espérons tous.

Sans multiplier les déplacements, on pourrait laisser le choix aux Français d'acheter leurs jouets et leurs cadeaux sur une période de deux mois pour éviter les rushes en magasin. Et on peut le faire (même sur rendez-vous) en magasins spécialisés, dans leurs supers ou hypers (dans lesquels ils vont de toutes façons donc pas de déplacement supplémentaire) ou même en e-commerce (ce qui est encore le cas, encore que cette semaine on risque aussi de fermer en e-commerce la vente des produits non-essentiels (débat du dernier confinement) !

Je terminerai par un point qui est totalement oublié dans le débat.
De fait, beaucoup de produits ne vont être vendus qu'en ligne et uniquement en ligne !

Il existe ne l'oublions pas une fracture numérique en France, on l' a vu pour l'école au printemps et pour le commerce ce serait différent ?
Tout le monde n'est pas connecté à Internet et tout le monde n'achète pas en ligne, donc là aussi une prétendue égalité qui entraîne pas mal d'inégalités !

Noël 2020 sera différent mais espérons que les grands parents pourront avoir la possibilité (même sur des créneaux réservés comme l'a fait la grande distribution alimentaire lors du premier confinement) avec toutes les précautions sanitaires les jouets de leurs petits enfants dans un commerce physique proche de leur domicile.

La France est un grand pays du commerce et doit le rester. C'était le cas avant l'épidémie et j'espère que ce sera le cas après l'épidémie ! Pour la relance, on aura encore plus besoin du commerce qui a toujours su prouver qu'il était essentiel.

Publié dans Secteur distribution

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